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LE PRINCIPE DE PRECAUTION Jean VILANOVA Juriste - La Médicaleavril 2009 Le principe de précaution naît dune incertitude de la Science en regard dune situation susceptible dinduire un risque difficilement mesurable. A lorigine, le principe de précaution ne porte que sur les questions liées à lenvironnement. Dans les années 90, la catastrophe sanitaire du sang contaminé, celle moins coûteuse en vie humaine mais tout aussi symbolique de la maladie de la vache folle conduisent à étendre le principe de précaution au-delà des strictes questions denvironnement, à la santé publique. Aujourdhui, lépidémie de grippe aviaire relève pleinement du même principe. Un principe désormais bien ancréLe principe de précaution savère dinspiration relativement récente, apparu au début des années 70, dabord en Allemagne. Instaurant le « Vorosgeprinzip », les autorités de la République Fédéraleentendent dès cette époque se donner la possibilité de prendre « toutes les mesures nécessaires et raisonnables » permettant de faire face à des risques éventuels sans disposer des connaissances scientifiques nécessaires pour en établir lexistence. Par la suite, le principe de précaution acquiert une reconnaissance internationale (ONU - Charte mondiale de la Nature de 1982 ; Conférence de Rio du 15 /06 /1992). LUnion Européenne lintègre à loccasion du traité de Maastricht 7 /02 /1992 et institue en outre le principe du pollueur / payeur. En France, la loi du 2 /02 /1995 relative au renforcement de la protection de lenvironnement précise que « labsence de certitudes, compte tenu des connaissances scientifiques et techniques du moment, ne doit pas retarder ladoption de mesures effectives et proportionnées visant à prévenir un risque de dommages graves et irréversibles à lenvironnement à un coût économiquement acceptable » Enfin, le code de lenvironnement du 21 /09 /2000 rassemble lessentiel des textes antérieurs en sattachant ainsi au respect de laction préventive, au principe du pollueur / payeur, à celui de la mise en valeur, de la protection, de la restauration du patrimoine commun. Prévention nest pas précautionIl ne faut pas confondre, prévention et précaution de même quil ne faut pas imaginer quune application à la lettre du principe de précaution conduit de facto au risque 0, véritable fantasme des sociétés industrialisées. Dans un rapport du 15 /10 /1999 au Premier Ministre, Madame Geneviève Viney et Monsieur Philippe Kourilsky rappelle à juste titre quelques principes que daucuns tendent à oublier. « La précaution vise à limiter les risques encore hypothétiques ou potentiels, tandis que la prévention sattache à contrôler les risques avérés » Mais ni lune ni lautre nécartent totalement le risque quil convient alors de percevoir comme acceptable ou non en fonction des bénéfices attendus. En dautres termes, le principe de précaution ne saurait constituer une sorte de prétexte pour ne point agir. Bien au contraire. Il implique une action reposant sur lévaluation et la gestion du risque dabord, la communication sur ce risque ensuite. Mais en fin de compte, ceci doit préparer laction à entreprendre à partir de lanalyse bénéfice / risque même si, en lespèce, la marge peut savérer terriblement étroite entre lun et lautre. Pour conclure : En faire trop ou pas assez ? Telle nest pas la questionChacun laura compris, le principe de précaution nest pas le choix entre une action qui pourrait savérer porteuse de danger et une inaction prudentielle. Il est le choix entre deux risques : celui dagir et celui de ne pas agir avec les conséquences dommageables qui découlent de chacune de ces deux options. Nous évoluons ici dans lincertitude scientifique. Il faut mesurer cette incertitude qui, par essence même nest pas mesurable. Voilà toute la quadrature du cercle.
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